Le compte-rendu de notre colloque sur la vaccination

La défiance à l’égard de la vaccination, une suspicion bien française ? Le colloque que la commission Santé du Cercle Mozart a organisé le 17 octobre en a apporté la preuve


Cette rencontre posait une seule question : « De l’hésitation à la confiance vaccinale : le pays de Pasteur rejette-t-il les vaccins ? » « En matière de santé publique et de prévention, nous avons encore une longue marche à faire. La vaccination en France est l’une des plus basses d’Europe. Il faut lever cette défiance »,répondait Bernard Serrou, le président délégué du Cercle Mozart, en ouverture de cette soirée.

D’éminents spécialistes étaient réunis : Patrick Zylberman, professeur émérite de l’École des hautes études de Santé Publique, François Bricaire et Jacques Bringer, tous deux membres de l’Académie nationale de Médecine, Claude Jeandel, chef du pôle de Gériatrie du CHU de Montpellier, Vincent Le Moing, professeur à l’Institut Bouisson-Bertrand, Cyril Bernardet, médecin coordonnateur de l’Ametra, et Jean-Pierre Serrou, médecin généraliste (et fils de Bernard).

Patrick Zylberman a été le premier à prendre la parole. Chargé de retracer l’histoire (bien mouvementée !) de la vaccination, il apprenait au public que les détracteurs des vaccins sont apparus presque en même temps qu’eux ! Voltaire n’était pas le moins illustres d’entre eux. Sa 11e lettre philosophique, datant de 1734, en atteste. « Selon lui, les Anglais étaient des fous qui donnent la petite vérole à leurs enfants pour les empêcher de l’avoir », résume Patrick Zylberman. 

Au XVIIIe siècle, le tableau était donc exactement le même qu’aujourd’hui. L’hésitation à se faire vacciner oscillait entre ignorance, oubli, indifférence, crainte et opposition totale. 

La défiance ne date pas d’hier. Pour autant, au fil des ans, elle ne s’est pas exprimée avec la même force ; elle a même parfois disparu… Quand les maladies combattues réapparaissaient, la vaccination retrouvait grâce aux yeux des Français, qu’il s’agisse de la variole, la tuberculose, la diphtérie, le tétanos, la coqueluche… Mais, une fois les maladies éradiquées (par la vaccination bien sûr !), les mêmes ne voyaient plus l’intérêt de s‘en protéger. Erreur funeste ! Car, dans le monde, ces maladies sévissent toujours. « On pourrait sauver 1,5 million de vies supplémentaires en améliorant la couverture mondiale de la vaccination », rappelle l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé, sur son site internet.

La France n’est pas à l’abri d’un regain.  « Alors, si on arrêtait de vacciner ! », proposait, un brin provocateur, François Bricaire. Évidemment, la défiance disparaîtrait sans doute à la même vitesse que les maladies se propageraient… Pour mémoire, la diphtérie causait 4 500 décès et le tétanos 1 000 par an avant la vaccination. Cette dernière a fait dégringoler ces chiffres, en éradiquant la première et en réduisant de 99 % la mortalité due à la seconde ! Mais, qui se charge de le rappeler ? « S’il n’y a plus la diphtérie et le tétanos en France, leurs agents infecteux persistent », martelait François Bricaire. Problème : personne ne le sait vraiment.

Du coup, les arguments des anti’ continuent de faire mouche : un, les vaccins provoqueraient une surcharge immunitaire ; deux, leur efficacité serait incertaine ; trois, le calendrier vaccinal serait trop compliqué... Ces arguments ne résistent pas aux études scientifiques. Pourtant, ils ont la vie dure. Et pour ne rien arranger, certaines études scientifiques desservent parfois les partisans de la vaccination. 

Les États-Unis en fournissent un bel exemple : à la fin des années 60 / début des années 70, une enquête portant sur la vaccination contre la variole démontrait qu’entre 1948 et 1965 le vaccin eut de graves effets secondaires. Durant cette période, si un enfant était décédé de cette maladie, plus de 200 avaient succombé de complications liées au vaccin... La réaction fut immédiate : en 1972, les États-Unis décident de suspendre la vaccination obligatoire contre cette maladie. La France suivra en 1979. Les 200 décès ont fait oublier qu’un nombre d’enfants, certainement bien supérieur, avait été sauvé par le vaccin…

De plus, faut-il l’admettre, l’efficacité des vaccins n’est pas la même pour tous, en fonction de l’âge. Claude Jeandel le rappelait : « Les réponses aux vaccins sont moins bonnes à 59 ans qu’à 40 ans. En vieillissant, la réponse immunitaire est moins efficiente. » 

En fait, le grand public n’est pas bien informé, pas plus qu’il n’est sensibilisé. Tout repose donc aujourd’hui sur les épaules des gouvernants, mais aussi des médecins généralistes. À eux de convaincre. « Quand un médecin est persuadé de l’intérêt de la vaccination, ses patients habituels sont à leur tour convaincus », admettait Jean-Pierre Serrou.

Ainsi, l’espoir demeure. Ce d’autant qu’il existe, en France comme ailleurs, une forte attente pour que certaines maladies orphelines de vaccins soient enfin combattues. C’est le cas de l’hépatite C, par exemple.

Enfin, se vacciner, c’est aussi préserver ses proches. « La vaccination est un acte de générosité collective », insistait Jacques Bringer. « La négation peut amener des gens au malheur. » Un argument massue.