Le compte-rendu de la rencontre sur les réformes Macron

Réformes Macron : vers un nouveau modèle social ? La fin du conflit des logiques. Telle était la question posée, le 15 mai, lors de la rencontre annuelle, organisée par la commission Entreprise du Cercle Mozart


À cette question posée, la commission Entreprise, présidée par Romain Geoffroy, avait bien sa petite idée sur la tournure qu’allait prendre la soirée. Philippe Huppé et Romain Grau, deux députés LREM, avaient accepté l’invitation. Ils étaient donc présents pour traiter du thème abordé, aux côtés d’André Deljarry, le président de la CCI de l’Hérault et 1ervice-président de la CCI Occitanie. 

 

Dans les locaux de Montpellier Business School, près de 200 personnes avaient fait le déplacement, pour écouter les propos d'intervenants n’ayant pas la réputation de pratiquer la langue de bois. C’est aussi que l’attente de réformes profondes est grande. Entreprises et acteurs de la vie économique pouvaient donc, ici, lors de cette soirée, comprendre un peu mieux où veut aller la nouvelle majorité présidentielle. La tâche est sûrement immense.  Mais, par où commencer ? 

Déjà par le début. Car, avant toute chose, un premier conflit des logiques a pris fin, presque à la surprise générale. Romain Grau le rappelait : « Au 2tour de l’élection présidentielle, nous avons assisté à un effondrement du système. Pas de candidat du courant gaulliste, pas de candidat du courant socialiste au deuxième tour (...) Ce n’est pas arrivé par hasard. Car notre pays est en souffrance, depuis des décennies. Et il ne l’est pas de manière irrationnelle. »


Les Français avaient donc, cette fois, décidé d'écarter ceux qui s’étaient passés les plats, pendant de si longues années, sans réussir à les convaincre. Le parlementaire donnait la gravité de la situation, en quelques chiffres maintes fois assénés  : une dépense publique égale à 56 % du PIB, un taux de prélèvements (cotisations sociales, impôts et taxes) de 45,3 % du PIB, plus de 2 000 milliards d’euros de dette et un taux de chômage de 8,9 %. « Le dernier budget à l’équilibre de l’État date de 1980 », poursuivait Romain Grau. Et de glisser : « L’Allemagne en a connu 20 à l’équilibre, l’Angleterre 25… » Peut-on continuer sur cette voie, sans risquer un jour la chute ? « La Grèce (à côté de la France, NDLR)ça sera de la gnognote si l’on n’y prend pas garde », alertait Romain Grau. 

Le décor était posé, plutôt inquiétant. Le système serait donc à bout de souffle. Le thème de la soirée tombait, du coup, à point nommée et la réponse était d’ailleurs entre les lignes de son énoncé : il est urgent de ne plus opposer salariés et patrons, de rénover le dialogue social et de sortir d’un conflit des logiques encore vivace. L’actualité immédiate, celle des grèves et d’un appel syndical à la « convergence des luttes », en apportait la preuve.

Telle une piqûre de rappel, Romain Geoffroy revenait sur l’un des épisodes fondateurs du mouvement syndical français : la charte d’Amiens, adoptée en 1906 par la CGT.  « Référence théorique du syndicalisme en France, elle reconnaît la lutte des classes. Elle assigne au syndicat la défense de revendications immédiates et la lutte pour l’expropriation capitaliste. Elle préconise la grève générale. Le rêve du grand soir. C’est ce que cherchent à faire les syndicats aujourd’hui », analysait-il. 

Le modèle social français est façonné par cette vision syndicale manichéenne, les bons sous le joug des méchants. « Le droit du travail et les relations sociales se sont ainsi organisés sur un principe de dissociation du fort et du faible, de l’employeur et des salariés. Aussi, sur le plan juridique, le code du travail n’a pas pris en compte l’évolution des entreprises et du tissu économique », commentait Romain Geoffroy. « Le modèle social français date de 1945, même s’il a été un peu réaménagé depuis », surenchérissait André Deljarry.

En novembre dernier, la commission Entreprise de notre Cercle avait déjà consacré une soirée aux ordonnances Macron. Ce 15 mai, elle souhaitait aller plus loin, en dédiant la rencontre aux réformes Macron.  En guise de résumé ou d’introduction, au choix, Philippe Huppé le disait tout net : « Nous sommes sûrement en train de fermer une parenthèse. Nous allons reprendre un cours normal des choses. »

À écouter le député de l’Hérault, l’objectif présidentiel est de « redonner du sens à la vie de chaque individu et à la collectivité » : « Il s’agit d’ouvrir une société qui s’était stratifiée sur une vision du XIXe siècle. Nous sortons de cela. » Initiative, liberté, travail… Combien de fois Philippe Huppé n'a-t-il pas prononcé ces mots ?« Nous voulons réenclencher l’énergie et faire baisser le chômage, remettre le travail au centre de la société. Ce qui redonne de la liberté. »

Vint alors le tour du rapport Notat-Senard et de « l’entreprise à mission », au cœur de la cité : « L’entreprise vit certes dans un milieu économique, mais elle vit aussi dans un milieu humain et environnemental. Les articles du code civil sur l’entreprise doivent évoluer. » L’entreprise est effectivement bien plus qu’une machine à produire de la richesse.

André Deljarry buvait du petit lait, lui le partisan de l’entrepreunariat. « Les récentes réformes vont entraîner immanquablement un changement de comportement. Mais leur effet ne sera réellement mesurable que dans le temps », observait-il, avant de rappeler le dynamisme économique héraultais (un taux record de 5 500 créations d’entreprise/an) et un contexte porteur : « Nos entreprises ont des possibilités jamais atteintes de développement d’activité. »

Reste donc à leur redonner une visibilité, des perspectives.« Les réformes vont dans le sens de la confiance en les règles et leur lisibilité », soulignait André Deljarry. « Nous avons beaucoup de travail devant nous, mais nous avons la volonté de restaurer la liberté, de donner confiance », répondait Romain Grau qui ajoutait :« D’autre pays s’en sortent très bien en s’ouvrant sur le monde. Nous n’avons pas de raison de ne pas nous en sortir. L’État doit vous aider à créer la richesse. » D’où les premières mesures du gouvernement, en faveur des entreprises et des salariés, et le pari sur la flexisécurité, très nouveau en France, mais pratiqué ailleurs.

Mais, cela suffira-t-il à garantir une sortie rapide du conflit des logiques ? Romain Grau ne tournait pas autour du pot, en évoquant une piste de réforme, celle du financement des syndicats, maintes fois esquissée, jamais engagée : « Nous avons besoin de faire les réformes et nous voyons sous nos yeux l’ancienneté du paysage syndical, lui aussi issu de la seconde guerre mondiale. Nous pouvons imaginer que, lui aussi, évolue », lançait-il. 

En guise de conclusion, Bernard Serrou, le président délégué du Cercle Mozart, saluait des « interventions brillantes, stimulantes » : « Nous sommes dans une période où il faut rebâtir. On entend beaucoup de critiques émanant de gens qui ont été au pouvoir pendant 25 ans et qui n’y ont rien fait. Il faut redresser le pays, trouver de l’argent en aidant les entreprises à créer de la richesse. Nous devons tous y participer. Un peu de patience. » Il en faudra sûrement !